Leucodystrophie consécutive à une hypomyélinisation : pas seulement une pathologie de l’enfant !

March 16, 2018 | Author: Anonymous | Category: Science, Médecine
Share Embed Donate


Short Description

Download Leucodystrophie consécutive à une hypomyélinisation : pas seulement une pathologie de l’enfant !...

Description

CAS CLINIQUE Mots-clés Maladie de Salla – Leucodystrophie – Récessif – Hypomyélination

Keywords Salla’s disease – Leucodystrophy – Ressive inheritance – Hypomyelination

Leucodystrophie consécutive à une hypomyélinisation : pas seulement une pathologie de l’enfant ! Hypomyelination and leucodystrophy: not only a childhood medical problem A. Siri1, N. Menjot de Champfleur2, R. Froissard3, C. Carra-Dallière1, X. Ayrignac1, A. Corlobé1, B. Echenne4, P. Labauge1

Observation A

B

Un patient âgé de 34 ans est pris en charge dans le service de neurologie pour un syndrome cérébelleux et des troubles du comportement chroniques. Alors que la grossesse de sa mère était normale, il a présenté un retard psychomoteur – ne commençant à marcher que vers 20 mois et chutant fréquemment –, puis une ataxie cérébelleuse vers l’âge de 3 ans. Il a été scolarisé dans un établissement spécialisé. À l’âge adulte, il présente des hallucinations visuelles et auditives, des tics moteurs, des troubles compulsifs, notamment une potomanie. Il n’a pas d’antécédent familial notable, notamment pas de consanguinité. La famille est originaire du sud de la France. L’examen neurologique objective une déficience mentale sévère, une ataxie cérébelleuse statique, un syndrome pyramidal et des rétractions tendineuses. On note également un syndrome autistique avec évitement du regard, des tics moteurs et une posture dystonique au niveau des mains. L’examen général retrouve une cyphose thoracique et un prognathisme. Les radiographies osseuses mettent en évidence des anomalies rachidiennes (cyphose thoracique, dystrophies rachidiennes avec platyspondylie et irrégularité des plateaux vertébraux) et

1Département de neurologie, CHU de Montpellier. 2Service de neuroradiologie,

CHU de Montpellier. 3Laboratoire de génétique, CHU de Lyon. 4Service de neuropédiatrie, CHU de Montpellier.

62  |  La Lettre du Neurologue • Vol. XVII - n° 2 - février 2013

▲ Figure 1. A. Radiographie du rachis dorsal de profil : cyphose thoracique, dystrophies rachidiennes, platyspondylie, irrégularité des plateaux vertébraux. B. Radiographie du crâne de profil : microcrânie, prognathisme avec rétromaxillaire discret, épaississement de la diploé.

crâniennes (microcrânie, prognathisme avec rétromaxillaire discret, épaississement du diploé) [figure 1]. L’IRM cérébrale (figure 2) révèle une atrophie cortico-sous-corticale, cérébelleuse et du corps calleux. La substance blanche sus-tentorielle est raréfiée avec un aspect d’hypomyélinisation sous-corticale particulièrement visible sur les séquences en T2 en écho de spin (ES). Un hypersignal marqué de la substance blanche est retrouvé sur les séquences FLAIR. Le bilan enzymatique révèle une augmentation de l’acide sialique libre urinaire, également retrouvée sur une biopsie cutanée.

CAS CLINIQUE

A

B

C

D

E

F

▲ Figure 2. Une IRM cérébrale identifie un élargissement sulcal diffus ainsi qu’un élargissement du système ventriculaire (A : séquence T1 ; B   : séquence FLAIR) en rapport avec une atrophie cortico-sous-corticale diffuse, intéressant les étages sus- et sous-tentoriels (C : acquisition sagittale FLAIR, atrophie du corps calleux [tête de flèche bleue] et atrophie cérébelleuse avec trop bonne visibilité des folia [flèche bleue]). L’ensemble de la substance blanche apparaît hyperintense sur les séquences FLAIR (C) et T2 ES (Det E  ), en rapport avec une hypomyélinisation touchant les fibres arquées (“en U”) [F : séquence axiale T2 ES, tête de flèche orange].

La Lettre du Neurologue • Vol. XVII - n° 2 - février 2013 |  63

CAS CLINIQUE

La mise en évidence d’une mutation hétérozygote composite faux-sens − p.R57C (exon 2)/p.S202L (exon 4) − sur le gène de la sialine SLC17A5, permet d’affirmer le diagnostic de maladie de Salla.

possible. Une atteinte du système nerveux périphérique est mise en évidence dans la moitié des cas (2).

Discussion

Cette pathologie de transmission autosomique récessive est rare et a été essentiellement décrite en Finlande, où la prévalence du gène est estimée à 1 personne sur 40 de la population générale. Le diagnostic biologique repose sur une excrétion urinaire accrue d’acide sialique libre et une accumulation d’acide sialique libre dans les fibroblastes. Le dosage de l’acide sialique peut être cependant normal, le diagnostic pouvant alors être réalisé sur l’augmentation de l’acide sialique en spectroscopie de masse dans le liquide céphalorachidien (3). Le diagnostic est confirmé par la mise en évidence d’une mutation homozygote ou hétérozygote composite sur le gène de la sialine (SLC17A5), localisé en 6q14-15.

Conclusion

Les maladies de surcharge en acide sialique libre sont des maladies de surcharge lysosomale, autosomiques récessives, dues au défaut d’un transporteur de la membrane lysosomale (la sialine) qui assure l’excrétion de l’acide sialique (ou acide N-acétylneuraminique) du lysosome. Le spectre clinique est étendu. Il existe des formes sévères néonatales (Infantile Sialic acid Storage Disease [ISSD]) avec un tableau d’anasarque fœtoplacentaire in utero, ou congénitales avec une hypotonie, une hépatosplénomégalie souvent associée à une ascite, un syndrome dysmorphique (traits un peu grossiers, anomalies osseuses), un retard mental et des convulsions.

Aucun traitement spécifique n’existe actuellement dans cette maladie. La prise en charge est essentiellement symptomatique. ■

Dans les formes congénitales, le décès survient généralement avant l'âge de 5 ans (1). La forme modérée de la maladie, ou maladie de Salla (OMIM 604369), débute dans la première année de vie et est caractérisée par une hypotonie suivie d’une spasticité, d’une ataxie, d’un retard psychomoteur et parfois de traits épais. Ces patients atteignent rarement l’âge de 30 ans. Une survie prolongée jusqu’à la sixième décennie est toutefois

du 65

th

AAN 2013

1. Lemyre E, Russo P, Melançon SB et al. Clinical spectrum of infantile free sialic acid storage disease. Am J Med Genet 1999;82(5):385-91. 2. Varho T, Jääskeläinen S, Tolonen U et al. Central and peripheral nervous system dysfunction in the clinical variation of Salla disease. Neurology 2000;55(1):99-104. 3. Mochel F, Engelke UF, Barritault J et al. Elevated CSF N-acetylaspartylglutamate in patients with free sialic acid storage diseases. Neurology 2010;74(4):302-5.

SAN DIEGO CALIFORNIE

16-23 MARS 2013

American Academy of Neurology

RETROUVEZ-NOUS À PARTIR DU 18 MARS SUR :

www.edimark.fr/ejournaux/AAN/2013 Site réservé aux professionnels de santé

LUNDI

18 MARS

MARDI

19 MARS

MERCREDI

ENVI-2013-02-092

E-journal en direct

Références bibliographiques

JEUDI

20 MARS 21 MARS

Attention : les comptes-rendus de congrès ont pour objectif de fournir des informations sur l’état actuel de la recherche ; ainsi, les données présentées seront susceptibles de ne pas être validées par les autorités françaises et ne doivent donc pas être mises en pratique. Ces informations sont sous la seule responsabilité des auteurs et du directeur de la publication qui sont garants de l’objectivité de cette publication. Sous l’égide de La Lettre du Neurologue - Directeur de la publication : Claudie Damour-Terrasson - Rédacteur en chef : Pr Thibault Moreau

64  |  La Lettre du Neurologue • Vol. XVII - n° 2 - février 2013

Avec le soutien institutionnel de

View more...

Comments

Copyright � 2017 NANOPDF Inc.
SUPPORT NANOPDF